11.02.2017

C’était hier : Cronicas d’en Josep : Un pont c’est tout !

L’article mis en ligne avait été publié dans l’Indépendant, édition du 26 septembre 1993. Il s’agissait alors de la première chronique d’En Josep, rédigée sous la plume de José Navarro. L’occasion de revenir sur le thème lié à la construction du pont de l’Hers, des évolutions successives au fil du temps et de l’eau. L'occasion aussi de dater la photo ci-dessous, certainement prise au début des années 1930, pour répondre au commentaire de Cine.

pont de l'hers

Un pont c’est tout !

Ma grand-mère, qui comme toutes les grand-mères, était une philosophe méconnue, me disait toujours que seule nécessité fait loi. C’est en voyant réaménager cette année le pont de l’Hers, que m’est revenue en mémoire cette docte pensée. Il faut dire que je venais, pour des raisons diverses qui n’ont rien à voir avec cette chronique, de déchiffrer dans nos archives communales une affaire de réparation du dit pont qui nous prouve que, si les techniques ont évolué, les hommes eux sont bien restés les mêmes.

Le premier épisode de l’affaire se situe aux approches de la Noël 1722, l’automne a été rude avec ses hautes eaux, habituelles pour ces périodes, en nos régions. Le pont de l’Hers est en un tel état que les gens qui veulent aller vers Sainte Colombe ou Labastide de Belmont (Montbel), hésitent à l’emprunter préférant passer à gué. Les consuls de Chalabre s’en émeuvent. Il faut préciser qu’en Terre Privilégiée, c’est le conseil de la communauté qui décide de tout sur la commune et que maintes fois des problèmes se poseront et recours sera fait à Montpellier et devant le roi lui- même, lorsque le seigneur de Chalabre voudra interférer dans les affaires communales.

Nous sommes donc le 7 décembre 1722, les consuls sont réunis, et l’un d’eux signale : « Il est de nécessité extrême de faire construire le pont qui est sur la rivière Lers de ceste ville qui est depuis long temps fort délabré et pour cest effect ils requièrent de ladite assemblée de leur accorder pouvoir d’achater vingt un arbres de sapin au prix le plus juste qu’ils trouveront… »

Relevons tout de suite que, comme de tous temps, lorsqu’il s’agit d’engagement financier on commence par parler de « prix le plus juste ». Toutefois, nos consuls avaient une bonne raison pour économiser sur ce chapitre. La Terre Privilégiée était, en effet, dispensée d’impôts au roi comme au diocèse si l’on excepte la capitation décidée par Louis XIV. Il fallait bien y financer les travaux d’intérêt public. Pour cela avait été instituée la « subvention de la Terre Privilégiée » qui correspondait à la levée d’un impôt mis seulement sur le vin et la viande de boucherie (il n’y avait pas encore de voitures ni d’essence !). On comprend dès lors qu’avant de reconstruire le pont de l’Hers, on ait hésité et que puisqu’on doit absolument le faire, on cherche le juste prix.

D’ailleurs notre consul ne vient pas devant le conseil de la communauté, avec les mains vides. Pas besoin d’architecte ni de cabinet d’études, voici comment sera construit le pont : « … Construction qu’ils sont d’avis de faire faire avec sept poutres dudit bois de sapin appelées majouries tout joignant à chaque cours qui feront la largeur nécessaire dudit pont desquels arbres il y aura vingt un majouries qui suffiront pour faire trois cours de susdit pont, ce qui reviendra à beaucoup meilleur marché que de le faire construire avec des poutres de chesne, lequel pont pourra de ceste manière se paver ensuite »

D’où il s’ensuit que le chêne a toujours été beaucoup plus cher que le sapin. Il faut dire aussi que le chêne aurait peut-être duré un peu plus longtemps mais nos consuls savent prendre leurs précautions et précisent donc : « Faire couper (les sapins) au plustot afin qu’ils soient coupés à bonne lune et bon vent par lequel fairont un plus long usage.» Où l’on retrouve ma grand-mère qui ne cultivait son jardin qu’à travers les phases lunaires et qui refusait tout bois coupé par vent marin mais on savait prendre le temps en ces époques-là.

Voilà donc notre réparation qui semble engagée sous les meilleurs auspices. Et pourtant comme on l’a déjà dit, entre l’intention et l’action, c’est comme entre la coupe et les lèvres, il y a un long chemin. L’hiver 1722-1723 se passe. Le pont de l’Hers ? On n’en parle plus, il est vrai que l’hiver chez nous n’amène pas de grandes eaux et que ce qui reste du pont a pu traverser sans encombres, la mauvaise saison. Mais arrive le printemps, avril et mai sont toujours chargés en pluies et giboulées d’importance et le 30 mai, notre consul vient se plaindre vertement au conseil de la communauté car il a été obligé, vu l’état du pont, de parer au plus pressé et de faire l’achat d’une « poutre de sapin » pour éviter son effondrement. Il vient donc réclamer les 26 livres qu’il a dû engager. Et le débat recommence avec toujours la même pierre d’achoppement : le financement, puisque le 13 juin on en est encore à proposer la vente des peaux de chevreaux pour acheter les majouries… Ah l’argent ! Juin 1993 (270 ans plus tard), le pont de l’Hers, pimpant neuf, est parfaitement fonctionnel.

05:55 Publié dans C'était hier | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : pont de l'hers |  Facebook | | |

Commentaires

bien sympathique ce nom de "Labastide de Belmont" . Alors pourquoi Montbel par la suite? Verlan de Belmont?

Écrit par : Cine | 12.02.2017

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